Article de recherche

Le plagiat universitaire à l’ère de l’intelligence artificielle : les pratiques des étudiants en Irak

Une enquête auprès de 496 étudiants en Irak sur le plagiat, les travaux rédigés par des tiers et l’intégrité académique à l’ère de l’IA.

L’essor rapide de l’intelligence artificielle et des technologies numériques a transformé l’enseignement supérieur, tout en accentuant les préoccupations liées à l’intégrité académique. Cette étude examine la prévalence et les pratiques du plagiat chez les étudiants des universités irakiennes, en accordant une attention particulière à l’influence d’outils d’IA comme ChatGPT et au recours croissant aux plateformes d’aide aux devoirs en ligne. La collecte des données a eu lieu le 25 mars 2023, à une période où les étudiants étaient encore peu familiarisés avec les outils d’IA. Ce calendrier confère à l’étude un intérêt particulier : elle constitue un point de référence pour comprendre les pratiques de plagiat au début de l’intégration de l’IA dans l’enseignement supérieur. Si une recherche similaire était menée en 2024-2025, ses résultats pourraient révéler un recours plus fréquent à l’IA et des formes différentes de manquement à l’intégrité académique. Cette possibilité souligne la valeur de l’étude comme repère initial. Au total, 496 étudiants issus des sciences humaines et des disciplines scientifiques ont participé à l’étude ; 32,5 % étaient des hommes et 67,5 % des femmes. À partir d’un questionnaire élaboré en kurde et validé au moyen d’une analyse en composantes principales (ACP), l’étude a identifié trois grandes composantes du plagiat : 1. **La rédaction de travaux par un tiers (GWA, pour « Ghost-writing assignments »)** : des travaux réalisés par d’autres personnes ou achetés auprès de prestataires. 2. **Les pratiques inadéquates de référencement des étudiants (SIR, pour « Students’ inappropriate referencing »)** : des pratiques de citation malhonnêtes ou incohérentes. 3. **Le plagiat manifeste des étudiants (SEP, pour « Students’ egregious plagiarism »)** : la copie directe de contenus en ligne sans attribution de leur source. Les résultats font apparaître une tendance modérée au plagiat, avec un score moyen global de 56,26 (écart-type = 6,836). Parmi les trois composantes, la rédaction de travaux par un tiers se révèle la pratique la plus courante (M = 25,73), suivie des pratiques inadéquates de référencement (M = 18,67). Le plagiat manifeste est moins fréquent (M = 11,85), mais demeure présent. L’analyse selon le genre ne met en évidence aucune différence significative entre les étudiants et les étudiantes dans les pratiques de plagiat. Les comparaisons entre disciplines montrent toutefois que les étudiants des disciplines scientifiques sont davantage susceptibles de pratiquer le plagiat manifeste (M = 12,03) que ceux des sciences humaines (M = 11,71 ; p < 0,05). Cette différence pourrait s’expliquer par le fait que les étudiants des disciplines scientifiques maîtrisent généralement mieux les technologies et l’informatique, ce qui leur donne une plus grande familiarité avec les outils numériques, ainsi qu’un accès facilité à des outils susceptibles de favoriser la copie et l’adaptation de contenus en ligne. En revanche, aucune différence significative entre disciplines n’a été observée pour la rédaction de travaux par un tiers ni pour les pratiques inadéquates de référencement. La discussion souligne que le plagiat reste un sujet de préoccupation majeur dans l’enseignement supérieur, en particulier dans les contextes où les étudiants sont confrontés à une charge de travail importante, à une maîtrise limitée de l’anglais et à la pression d’obtenir de bonnes notes. La fréquence des travaux rédigés par un tiers met en évidence le défi croissant que représente la sous-traitance frauduleuse des travaux universitaires, tandis que les pratiques inadéquates de référencement révèlent des lacunes dans la compréhension des conventions académiques. L’étude suggère notamment que de nombreux étudiants ne savent pas clairement ce qui constitue un plagiat, ce qui contribue à accroître la fréquence des manquements. Cette recherche apporte deux contributions principales. Premièrement, elle fournit des données empiriques sur les pratiques de plagiat des étudiants des universités irakiennes, dans un contexte où les études systématiques restent peu nombreuses. Deuxièmement, elle valide un questionnaire structuré pouvant servir à évaluer le plagiat dans différents contextes universitaires. Les résultats soulignent la nécessité d’interventions ciblées, de programmes de sensibilisation et de politiques institutionnelles renforcées pour préserver l’intégrité académique à l’ère des apprentissages faisant appel à l’IA. Le soutien des enseignants, une application cohérente des règles et des consignes claires sont essentiels pour promouvoir l’honnêteté et les exigences éthiques dans l’enseignement supérieur. En conclusion, l’étude montre que, si le niveau de plagiat chez les étudiants des universités irakiennes est modéré, le phénomène est répandu et soumis à des pressions à la fois technologiques et contextuelles. La prédominance des travaux rédigés par un tiers, conjuguée aux différences disciplinaires concernant le plagiat manifeste, appelle des réponses institutionnelles urgentes. Alors que l’intelligence artificielle continue de transformer l’éducation, la protection de l’intégrité doit rester une priorité centrale pour les universités du monde entier. Grâce à une collecte de données située au début de l’adoption de l’IA, cette étude offre un point de référence pour les recherches futures et permet aux acteurs de l’éducation et aux décideurs de suivre l’évolution des manquements à l’intégrité académique à l’ère de l’intelligence artificielle.

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